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Vendredi 1 juillet 2005

La diffusion d’un modèle culturel dominant

 

Forts de leur domination, les Etats-Unis exportent leur mode de vie aux quatre coins du monde,

le XXéme siècle est celui de « l’American way of life » et d’une culture américaine mondiale

 

Dans l’Histoire, empires, dynasties, cités et peuples ont exporté leur culture, imposant des critères, partageant des savoirs, apportant une mixité enrichissante, mais ces phénomènes étaient géographiquement limités. Alors que le XIXème et le début du XXème siècle ont été marqué par des expositions universelles qui, véritables émulations culturelles, représentaient un brassage culturel, depuis 1945, on assiste à un phénomène inédit, une hégémonie culturelle mondiale. Les Etats-Unis, leader international et même intersidéral, depuis la victoire nette dans la « Guerre des étoiles » menée contre la Russie, diffusent mode de vie et culture, c’est l’ère de « l’American way of life ».

 

Au-delà du modèle économique et politique, les Etats-Unis sont surtout un modèle culturel et social à la base de l’éternel mythe du rêve américain. Et cela, les artistes et les industriels de la culture l’ont bien compris. Alors, le mode de vie américain est relayé par un matraquage culturel et publicitaire. Mais la culture américaine n’est pas seulement diffusée, elle est maintenant ancrée dans de nombreux pays. A tel point que l’on parle aujourd’hui d’une Mac Worldisation du monde, cette expression révèle une tendance, celle de l’extension planétaire de l’influence américaine par ses symboles comme Mac Donald’s. A en croire les chiffres, la planète entière consomme américain. La fin de la Guerre Froide marque alors le début de l’américanisation culturelle et sociale du monde.
 

 


Le cinéma estampillé Hollywood reste le plus grand vecteur de diffusion de la culture américaine
et les résultats enregistrés sont très significatifs.

 

L’uniformisation culturelle : Hégémonie des valeurs américaines,

réalité ou fantasme ?


Aujourd’hui on peut dire que l’américanisation du monde rencontre de nombreux obstacles,

et on peut légitimement se demander si l’on peut véritablement parler

d’une hégémonie des valeurs américaines

 

 

Si la Mac Worldisation du monde est réelle, les statistiques en sont les garants, il semble totalement irrationnel de penser que tous les citoyens du monde, unis sous la bannière étoilée, mangent, boivent, écoutent, lisent, voient, et respirent américain.

 

            D’abord, un signe précis montre que l’américanisation reste relative. Cet exemple, c’est le cinéma indien qui va nous le fournir. En effet, Bollywood, capitale du cinéma indien est le premier producteur de films au monde, en nombre de films produits, juste devant Hollywood. Pour l'année 1999, on comptait 724 longs métrages indiens produits contre 628 américains. De plus, l’Inde est l’un des rares pays au monde dans lequel les parts de marché réalisées par les films américains sont quasiment nulles. L’Inde est totalement hermétique à la culture américaine dans le domaine cinématographique tout du moins. Ainsi, alors que les parts de marché des films américains vont de 55% à Hong Kong à 80% au Royaume-Uni, elles ne sont que de 4% en Inde. Le cinéma de Bollywood serait-il l'unique résistant à la concurrence américaine ? Mais le principe de l’exception culturelle française pourrait être un autre exemple. La domination américaine connaît donc des échecs symboliques. D’ailleurs, notons que certaines régions du globe sont encore vierges de toute influence.

            Ensuite, la contestation qui avait débuté lors de la guerre du Vietnam persiste. En effet, les Etats-Unis sont un pays perpétuellement critiqué. Si des faits restent marquants, comme les kilomètres de queue pour l’ouverture du Mac Donald’s de la place Pouchkine à Moscou en 1990, il faut noter que l’on consomme américain mais que l’on rejette de plus en plus les valeurs du pays. C’est assez paradoxal, mais les farouches contestataires du modèle américain peuvent porter des Nike, il existe une peur du modèle américain mais en aucun cas du produit. Ainsi, les différends politiques avec la France, l’Allemagne et la Russie lors de la guerre en Irak en 2003 constituent des sources de critiques vives. Mais on peut aussi parler de l’hostilité sans borne qui a poussé des terroristes à attaquer le World Trade Center un matin de septembre. L’uniformisation n’est donc pas totale puisque même si la culture américaine s’épand, le monde ne voue pas de culte aux Etats-Unis, bien au contraire.




Le terrorisme et les distances diplomatiques prises par le France et l'Allemagne
sont des exemples de la contestation ambiante.


            Enfin, il ne faut pas craindre l’importation de biens et de produits culturels américains, car ceci ne relève en rien d’une quelconque américanisation du monde. Ces importations ne se font jamais sans réappropriation culturelle. Ainsi, replacé dans son contexte, la consommation de produits américains ne s’accompagne pas inéluctablement d’une propagation de l’idéologie et des valeurs américaines. Il ne faut pas nier que les cultures ne fonctionnent pas de manière autarcique, une culture est par définition faite en partie d’apports extérieurs, et cela a toujours fonctionné ainsi. Ne sous-estimons donc pas la capacité de résistance des Etats et de leurs citoyens.

 



"On sait depuis les travaux du linguiste Saussure que la lecture d'un texte participe à sa production. Il en va de même pour toutes les autres productions culturelles : celui qui les reçoit contribue à leur donner un sens, qui varie fortement d'une personne à l'autre. Ainsi, il y a une dizaine d'années, deux chercheurs, Elihu Katz et Tamar Liebes, travaillaient sur la manière dont était reçues la série télévisée Dallas ; ils observèrent que certains téléspectateurs l'interprétaient comme une critique virulente du capitalisme américain..."


Extrait d'un article paru dans Alternatives Economiques


            Finalement, même si le commerce américain est florissant, et si l’influence et la domination sans faille des Etats-Unis sont fortes, tant politiquement que culturellement, nous pouvons dire que l’américanisation du monde relève plus de la peur que de la réalité. En effet, les contestations vives préservent le pluralisme et l’exception culturelle. Toutefois, on peut affirmer que si ce phénomène est limité dans la pratique, la mondialisation de la culture semble profiter plus aux Etats-Unis qu’aux autres pays, car si l’on ne partage pas leurs idées, l’on consomme majoritairement des produits « made in USA », ou tout du moins conçus et vendus par des firmes américaines. Maintenant, on peut se demander si cette sauvegarde des valeurs traditionnelles et cette contestation réfractaire ne sont pas des signes inquiétants d’un conservatisme latent et ambiant.


Le héros Superman chute.
Allégorie du modèle (culturel) américain ?

 

 
Par Hugo Bréant - Publié dans : les Dossiers
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